Mercredi 16 août 2006

Il fait nuit noire, pas un rayon de lune pour éclairer la route. On part du bord de mer pour monter à une altitude de 1600 mètres. La nuit est fraîche, je me gèle sur ma moto, j’ai pourtant prévu le t-shirt plus la chemise plus le sweat shirt mais rien à faire je suis frigorifié. Je suis obligé de faire de nombreux arrêts pour me réchauffer un peu. Il fait tellement noir que je devine à peine la route, je suis impatient que le jour se lève. Je traverse bien quelques villages où des lumières faiblardes brillent dans la nuit, tout le monde dort. Il n’y a pratiquement personne sur la route, elle est sinueuse et à certains endroits pleines d’ornières.  

 

Je roule depuis près de deux heures, il me reste une douzaine de kilomètres à parcourir. Le spectacle du jour se levant sur un paysage de rizières en escalier est superbe. Je m’arrête quelques minutes pour admirer le paysage.

La route en lacets est de plus en plus étroite et de plus en plus pentue. Alors que j’appréhende un lacet la chaîne saute. J’essaye de la remettre en place mais moi et la mécanique ça fait deux. J’abandonne la moto sur le bord de la route et je continue l’ascension à pied. Heureusement, je ne suis qu’à un kilomètre du sommet. Malheureusement la panne me fait manquer le lever du soleil sur les cratères du Kelimutu. Le Kelimutu est entouré de légendes religieuses, les chrétiens mais les musulmans aussi viennent se recueillir ici. Nous autres touristes nous venons ici pour admirer le panorama qu’offrent les trois lacs aux trois couleurs différentes. Il y en a un de couloir turquoise, un autre de couleur vert olive, les eaux du troisième sont noires. C’est une réaction chimique qui donne ce beau spectacle. Il arrive que les couleurs changent, que le lac noir devienne blanc, que le vert olive devienne rougeâtre. 

 

Quand j’arrive, le cratère contenant le lac noir baigne dans les nuages comme si une mer de coton d’un blanc immaculé l’avait empli.

Le turquoise est bien turquoise mais le vert olive lui tourne au café au lait. Le panorama offre une superbe vue sur les montagnes autour, on devine même la mer au loin. J’ai de la chance que le ciel soit dégagé car le Kelimutu est souvent noyé dans les nuages.  

 

Je ne pense plus à ma moto et pourtant il va bien falloir que je trouve une solution. Comment faut-il s’y prendre pour remettre une chaîne en place? Je demanderai aux vendeurs à l’entrée du site, ils auront bien une idée. Pour l’instant je profite au maximum du panorama magnifique qui s’offre à mes yeux. Plus le soleil s’élève haut dans le ciel plus les nuages qui avaient envahi le troisième cratère se dissipent. Un peu avant midi, le cratère révèle enfin ses eaux noirâtres. Le lac turquoise noyé par les rayons du soleil au zénith est magnifique, on aimerait troubler ses eaux calmes. Son voisin café au lait fait aussi preuve de magnificence.

 

De retour à l’entrée su site, je demande autour de moi si on peut m’aider à réparer ma moto, personne ne semble parler l’anglais ou fait comme si il ne comprenait pas de quoi je parle. J’abandonne vite cette solution. Avant de retourner à mon engin, je prends un thé accompagné de bananes et de biscuits à la noix de coco.

 

 

Je n’essaye même pas de remettre la chaîne en place, je descends en roue libre vers Moni, dans l’espoir de trouver un garage susceptible de me dépanner. Je m’arrête à l’entrée du parc national, un 4x4 est arrêté aussi. Le chauffeur me demande s’il peut m’aider, je lui réponds que s’il sait comment remettre la chaîne de ma moto en place son aide est la bienvenue. Il esquisse un léger sourire et remet la chaîne en place en 30 secondes. Je m’étale en remerciements. Si la chaîne devait sauter de nouveau, il me montre comment s’y prendre pour la remettre en place. 1/ se mettre au point mort 2/ engager la chaîne sur les pignons du bas 3/ jouer avec les vitesses pour faire tourner la roue. Et le tour est joué.

Je peux repartir tranquille vers Ende. Le chemin retour est très agréable, il fait beau et chaud. La route est sinueuse, les paysages de rizières sont magnifiques. Les villages endormis que j’ai traversés cette nuit sont maintenant plein de vie. Les enfants m’envoient des signes de la main et me prennent en chasse. Un cul blanc traversant leur village sur une moto, ça n’arrive pas tous les jours. Je leur réponds d’un mouvement de la tête.

 

 

L’un des villages que je traverse est bordé de mandariniers, un micro climat le protège peut être des nuits glaciales. 

Au fond de la vallée, une rivière suit son cours jusqu’à la mer. Ici et là des mangroves la bordent. Enchevêtrement de végétation tropicale. Des geckos immobiles attendent qu’une proie passe devant leurs gueules entrouverts.  

Dernière ligne droite avant de rentrer dans le périmètre de la ville.   

par Jean Yves publié dans : incredibleasia
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Mercredi 16 août 2006

Le bus me récupère à l’hôtel, l’allée centrale est encombrée de sacs de riz. On commence la tournée des établissements pouvant potentiellement fournir des clients. Le résultat est maigre, je reste le seul client. Je pensais qu’on allait  attendre à l’arrêt de bus que les sièges se remplissent. Mais non. Le chauffeur lance sa vieille guimbarde rouillée sur la route d’Ende. On traverse de nombreux petits villages, toujours pas de clients en vu. Au bout d’une heure de route on fait demi-tour, je commence à me demander si je vais arriver à Ende aujourd’hui. Dans l’un des villages que nous venons de traverser se présente un minibus en partance pour Ende, il reste peu de place. Je fais comprendre au chauffeur de mon minibus que je veux changer de bus, qu’il n’est pas question que je retourne à Bajawa. Malgré de nombreuses réticences j’obtiens qu’il me rende le prix du billet et je saute dans l’autre minibus sur le point de partir.  5 heures plus tard j’arrive à Ende, ville portuaire aux plages de sable noir. Il fait une chaleur torride. Sur cette île, les différences de climat sont spectaculaires. Je trouve un petit hôtel sympa, je vais y rester plusieurs jours. Le temps d’organiser mon billet d’avion retour vers Bali et de faire l’excursion vers le Kelimutu.   

 

Deux compagnies aériennes volent d’Ende à Denpasar, Merpati et Perina air. Elles ne volent pas les mêmes jours. Merpati est un peu moins cher, il y a un départ Lundi à 15h30. Je réserve une place. Entre temps je me repose et loue une moto pour me balader dans les environs d’Ende. Il est hors de question de se poser sur une plage, il n’y a pas d’ombres et la chaleur est insupportable. Le meilleur moment de la journée pour se balader sur la plage est au coucher du soleil.  

 

Le Kelimutu est à une soixantaine de kilomètres d’Ende, il faut compter deux heures de moto. Et comme je veux arriver au lever du soleil je décide de partir de mon hôtel à 03H30.

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Mercredi 16 août 2006

Deuxième étape Bajawa.  

 

Départ du bus à 07h00. Il y a peu de monde à bord, j‘ai deux sièges pour moi. Le voyage devrait être plus confortable. Le trajet ne dure que 4 heures. Il faut dire que le chauffeur a conduit comme un fou. Il y a heureusement peu de circulation. C’est en moto taxi que je fais le tour des guest house. La mieux située et la plus sympa affiche complet, elle reçoit un groupe de Hollandais. Je me décide finalement pour un petit hôtel tenu par des handicapés. Le réceptionniste est un nain bossu, le garçon d’étage à une malformation des bras et des jambes, il se déplace avec beaucoup de difficultés.  

 

Bajawa est une ville de montagne avec de belles vues sur le Gunnung Inerie, volcan éteint. On trouve aussi de nombreux villages traditionnels dans ses environs. A quelques kilomètres du centre ville, sur les hauteurs, on trouve une curiosité naturelle, des lacs aux eaux de couleur rougeâtre. Le plus simple et le plus rapide pour visiter tous ces sites est de louer pour l’après-midi une moto avec chauffeur. Je n’ai pas de difficulté pour en trouver un, le chauffeur  ne parle malheureusement pas un mot d’anglais. Never mind, il comprend où je veux aller, c’est le principal et il ne pourra pas me poser les sempiternelles mêmes questions. 

 

Premier stop les lacs. On empreinte une route qui se transforme vite en chemin pierreux. On fait le dernier kilomètre à pied. On arrive au bord d’un cratère immense, trois lacs de petites tailles se logent au fond. Le panorama autour est montagneux. Ici comme au Kelimutu c’est une réaction chimique qui change la couleur de l’eau.

Sur le chemin retour on s’arrête ramasser quelques fruits dont je ne connais ni le nom anglais ni celui en français. Ce sont de gros fruits de la grosseur d’une poire à la peau épaisse. On ne mange pas la peau ni la membrane entourant la chair. Sa consistance fait penser à de la gelée, il a un goût de banane sucrée, c’est très rafraîchissant.  

 

Puis on reprend la route. Prochaine étape le Gunung Inerie et le village traditionnel de Bena, le village se trouve à une vingtaine de kilomètres de Bajawa, au pied du volcan. Gunung Inerie domine le paysage et semble plonger dans la mer. Il y a certainement une belle vue de son sommet.

 

Le village de Bena se trouve en contrebas, au bout de la route. Il est uniquement constitué de maisons traditionnelles. Juste avant d’arriver au village, la route traverse une bambouseraie. On devine le village entre les pousses de bambou. Je pense immédiatement à Obélix et Astérix, les maisons n’ont pas la même forme que les maisons gauloises mais c’est l’ambiance qui s’en dégage. Enfin c’est la première image qui m’a traversée l’esprit (on a les références qu‘on peut).

Le village est une large allée, à plusieurs niveaux, de maisons se faisant face. Ce n’est pas un village installé là pour les touristes, de vrais gens vivent ici, travaillent et gagnent un peu d’argent en vendant des étoffes tissées sur de vieux jacquards. Ils sont chrétiens, les tombes de leurs ancêtres sont éparpillées parmi les maisons. Au point le plus haut du village, une petite grotte abrite la vierge, lieu de culte joliment fleuri où quelques bougies brûlent. On trouve aussi une table ronde ombragée avec une vue superbe sur les montagnes et la mer au loin. Nous sommes en fin d’après-midi, je suis le seul touriste dans le village. Quelques enfants s’amusent, de vieilles femmes aux dents pourries d’avoir trop chiqué de paan* papotent à l’ombre d’un arbre, d‘autres plus jeunes sont à l‘ouvrage derrière leur jacquard. Le village est très calme, personne ne s’occupe de ma présence. Je fais plusieurs fois le tour du village avant d’enfourcher de nouveau la moto de mon guide. On est de retour à Bajawa à la tombé de la nuit, l’air est frais. Demain matin, à 07h00, départ pour Ende. Dernière étape avant le Kelimutu.

*paan: concoction à base de noix de bétel et autres ingrédients emballés dans une feuille de bétel et mâchée. 

 

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Mardi 15 août 2006

Il y a deux départs par jour entre Bajo et Ruteng, je prends le bus de 12h00. C’est un bus d’une vingtaine de places, bondé et enfumé. Le volume de la radio est à fond, le niveau des décibels sortant des speakers est assourdissant. Je me dis que les cinq prochaines heures vont être longues. La topographie de l’île est accidentée, on n’arrête pas de monter et de descendre des montagnes, de les contourner, de passer du bord de mer à plus de 1000 mètres d’altitude. On est ballotté dans tous les sens. Les sièges sont étroits, ils ne sont pas conçus pour un occidental de taille moyenne. Bref, C’est un voyage très inconfortable. 

 

Il n’y a pas grand chose à voir à Ruteng, c’est une escale d’une nuit avant de se payer de nouveau 5 heures de bus. Je trouve facilement une chambre. Une hollandaise arrive aussi. Elle est arrivée sur l’île par bateau, trois jours de traversée entre Bali et Bajo. Elle avait une cabine de première classe. Je pose mes sacs et pars faire une ballade en ville. Il semblerait que toute la jeunesse soit descendue dans les rues. On m’interpelle sans arrêt, on veut tout savoir de moi. Ce sont des étudiants, ils sont avides de pratiquer leur anglais. Les même questions reviennent. Je les trouve sympathiques mais j’en ai un peu ma claque de toujours répondre aux même questions. Et puis je viens de faire 5 heures de bus alors je ne suis pas disposer à jouer au magnétophone. J’essaye de m’en débarrassé comme je peux. La solution est d’entrer dans un restaurant. Ils me saluent et me disent à plus tard, j’espère bien que non, sympas mais collants. Il fait nuit noir quand je sors du restaurant, les rues ne sont pas éclairées, il y a des trous de partout. Je prends une moto taxi pour renter à l’hôtel.

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Mardi 15 août 2006

Le lendemain ce n’est pas moi qui trouve mais je suis trouvé, un jeune  marinier me propose l’excursion pour 100,000 rupiahs. Je voyagerai avec un couple de français. Ok, l’affaire est conclue. Je peux rencontrer le couple ce soir au restaurant du Gardena. Je passe le reste de la journée à flâner et à bouquiner sur la terrasse de mon bungalow.  

 

Je rencontre le couple de français au restaurant de l’hôtel. Et comme par hasard ils sont enseignants. Ils sont normands. Ils enseignent dans une petite ville appelée Vallognes. Elle sera à la retraite à partir de l’année prochaine, lui dans deux ans. Elle enseigne l’histoire géo, lui les lettres classiques. Odile et Dominique sont mes compagnons de ballade vers Rinca. Au retour on s’arrêtera sur une île pour faire un peu de snorkelling. 

 

On fait un peu mieux connaissance pendant le voyage aller. Ils ont 3 enfants bardés de diplômes mais seule leur fille aînée a un travail bien rémunéré, elle est professeur d’université. Les deux autres ont bac plus 5 mais n’ont pas de travail. Leur fils est au Chili pour un voyage de trois mois avec deux copains, leur deuxième fille vivote de petits boulots. Depuis qu’ils n’ont plus de frais de scolarité ils voyagent au moins six semaines par an. 

 

La visite du parc naturel de Rinca est bien organisée, il ne faudrait pas qu’un touriste soit dévoré par l’un des varans peuplant l’île. Un guide nous accompagne pendant notre ballade de deux heures autour du parc. L’île est immense, plus de 10 kilomètres de long sur 3 de large. Mais les guides savent où les varans aiment se reposer. Une famille de varans nous accueille à l’entrée du parc, certainement bien nourris pour qu’ils restent là, au cas où on aurait la malchance de ne pas en voir dans le parc. L’île est désertique, il y a peu d’arbres et les plantes grasses sont desséchées. On croise quelques buffles sauvages. Notre guide nous dit que l’île est aussi peuplée de chevaux sauvages, nous n’en croiserons pas pendant notre visite. Puis on tombe sur un varan de belle taille, lézardant au soleil. On est très près de lui. Il ne bouge pas.

Puis on continue notre ballade en espérant en croiser d’autres. Les varans sont carnivores, ils peuvent ingurgiter jusqu’à 50 kilos de viande d’un seul coup qu’ils mettront plusieurs jours à digérer. Comme tout bon prédateur le sait, le meilleur endroit pour attraper une proie est près d’un point d’eau. Il suffit de se mettre en embuscade et d’attendre. D’après notre guide un varan peut courir jusqu’à 80 kilomètres par heure, pas pendant très longtemps j’imagine. Puis on croise un autre spécimen, celui-là est vraiment très gros, il doit bien faire 3 mètres de long. La prof d’histoire géo veut connaître son âge, le guide qui a mon avis n’en a aucune idée répond 40 ans environ. Elle semble satisfaite. Elle parle quelques mots d’indonésien, lui baragouine un peu en anglais, il me demande de traduire de temps en temps les commentaires du guide qui parle de toute façon un anglais très sommaire. On suit notre gros pépère pendant quelques minutes, il se déplace à la vitesse d’un escargot, peut-être a-t-il la panse pleine? Puis on atteint le sommet d’une colline d’où on a un fabuleux panorama. On reste là, à admirer les paysages pendant plusieurs minutes avant de prendre le chemin du retour.  

 

 

Sur le chemin du retour nous nous arrêtons faire du snorkelling sur un îlot désert pendant que nos mariniers ramassent des coquillages sur la plage. Toujours le même spectacle de poissons aux multiples couleurs des eaux chaudes, d’oursins aux longs pics encastrés dans les rochers et d’étoiles de mer couchées sur le sable. On ne s’en lasse pas. 

 

De retour au port, mes compagnons et moi décidons de dîner ensemble au Gardena. On échange quelques tuyaux. Ils souhaitent se rendre dans les Gili, je leur recommande Gili Meno et le Tao Kombo de Bob bien sûr. Ils semblent séduits par l’idée. Ils me donnent l’adresse de guest house qu’ils ont testées entre Maumere et Bajo. La soirée passe vite, il est 22h00 quand on se sépare. Demain ils partent faire une autre ballade en mer et moi je prends la route vers l’est.

par Jean Yves publié dans : incredibleasia
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