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Pendant deux jours je sillonne le site d’Angkor, il y a bien sûr le fabuleux Angkor Wat mais d’autres temples sont tout aussi intéressants.
Angkor Wat, la cité qui devint pagode, n’était pas seulement le plus grand et le plus sublime des temples khmers, il était aussi une vibrante capitale.
Il fut construit durant le règne de Suryavarma II, dans la première partie du 12e siècle. Angkor Wat était la capitale du royaume en même temps qu’un temple dédié à Vishnu*.
Il est avant tout un microcosme de l’univers hindou. L’ampleur d’Angkor Wat permit aux Khmers d’exprimer pleinement le symbolisme religieux: des marécages entourent Angkor Wat, ils représentent les océans mythiques encerclant la terre, la succession de galeries concentriques représentent la chaîne de montagnes qui entourent mont Meru, résidence des dieux, les tours représentent les sommets des montagnes, au centre un lieu de culte, monter les nombreuses marches abruptes jusqu’à celui-ci symbolise l’ascension d’une véritable montagne.
Les bas-reliefs: l’art sculpté Khmer recouvre les murs extérieurs du temple. Le sujet principal est de source hindoue. Les fresques sculptées décrivent principalement les contes épiques que sont le Ramayana et le Mahabharata.
*Vishnu: il est le conservateur ou le protecteur. Associé à “ l’action correcte “, il se comporte comme un hindou fidèle et dévoué. Il protège et préserve le bien dans l’univers. On le figure généralement avec quatre bras tenant un lotus (dont les pétales représentent l’univers déployé), une conque (symbole des vibrations cosmiques créatrices, car on y souffle comme dans une trompe), un disque et une massue (récompense pour sa victoire sur Indra, dieu de la guerre). Son épouse est Lakshmi, la déesse de la prospérité, et sa monture Garuda, mi-oiseau mi-homme. Il habite un paradis nommé Vaikuntha. Vishnu compte 22 avatars, dont Rama, krishna et le Bouddha.
Il y a deux autres temples que j’ai trouvés vraiment exceptionnels. Le plus intrigant à mes yeux est le temple Bayon, il a été construit précisément au centre de la ville de Angkor, en 1200 durant le règne de Jayavarman VII. Il est couvert de 216 gargantuesques visages de Avalokitesvara*. Les murs extérieurs du temple sont couverts de sculptures retraçant des scènes de vie au Cambodge au 12e siècle, tels que des combats de coqs et de Kick boxing. Bayon est un labyrinthe, plusieurs petits temples se cachent à l’intérieur de l’enceinte et tous ces visages de Avalokitesvara au-dessus de nous semblent nous suivre du regard. On se croirait dans le décor d’un film d’Indiana Jones. On sait où les décorateurs d’Hollywood ont trouvé leurs idées.
L’autre temple à l’ambiance mystérieuse et ensorceleuse et le temple monastère Ta Prohm. L’Ecole Française d’Extrême Orient a décidé de ne pas le restaurer afin qu’il serve d’exemple de l’état dans lequel se trouvaient la majorité des temples d’Angkor au moment de leur découverte à la fin du 19eme siècle. L’autre aspect particulier de Ta Prohm est que les arbres ont pris possession des lieux, ils ont grandi sur les ruines, leurs racines se frayant un chemin entre les pierres pour ensuite s’enfoncer profondément dans la terre. Les arbres sont autant agent de maintien en état des ruines qu’agent de destruction, car, les pierres se disloquent au fur et à mesure que leurs racines grossisses. Et quand un arbre meurt l’ensemble s’effondre. Dans ce temple on a aussi l’impression de jouer au Indiana Jones même si on est souvent entouré par une horde de touristes japonais
*Avalokitesvara, bouddha de la compassion.
Je retrouve Adam à Ta Prohm. J’ai terminé la visite lui la commence. Il loge près de la guest house où nous devions nous retrouver. On se donne rendez-vous, vers les 19h00, au bar de son hôtel. Je suis impatient de l’écouter me conter ses aventures saïgonnaises. Il y aura forcement des histoires de fesses, autrement où est l‘intérêt? Il ne va certainement pas me parler du musée de la réunification. Adam vient du nouveau monde, il ne faut pas l’oublier. C’est un littéraire, son récit sera truffé de références qui ne me diront rien du tout. Il reste tout de même très sympathique pour un Américain et puis il est beau garçon, du type Alerte à Malibu, ce qui ne gâche rien.
A 19h00 pétante, je suis assis à la terrasse du café, j’ai commandé une bière Lao, souvenirs souvenirs. Adam arrive quelques minutes plus tard. Il commande un Scotch on the rocks avec soda, c’est très ricain. Il est sur les rotules, il a besoin d’un remontant. Il commence par me dire que pour lui la fin du voyage est proche. Il voyage depuis plus de huit mois, il pense qu’il est temps de rentrer au bercail. Avant de retourner en Floride, Il ira passer quelque temps en Australie, il a de la famille à Sydney.
Bon, alors, comment peut-on passer deux semaines à HCMV? Elémentaire mon cher Watson, en sortant tous les soirs dans les bouges de la ville et en s’acoquinant avec une transsexuelle prostituée connu sous le nom de Monkey girl. Ah bon! Et alors? La Monkey girl en question est tombée en amour avec notre beau beach boy from Florida. Je me doutais bien qu’il y avait une histoire de C.. là-dessous. Et pendant cette idylle de deux semaines, ils burent à outrance, fumèrent des chichons comme si c’étaient des cigarettes d’eucalyptus et firent souvent l’amour. Notre Monkey girl est fan de Hip Hop, elle entraîna Adam dans les soirées branchées Rap. Il se remua du mieux qu’il put sur les breaks les plus saccadés tout en braillant H.I.P H.O.P H.I.P H.O.P. A ce stade du récit je suis mort de rire. Adam est issu d’un milieu très favorisé, son papa est cardiologue, il est bien élevé et n’a pour ainsi dire jamais vraiment franchi la ligne jaune (ou rouge). On peut dire qu’il a légèrement pété les plombs à HCMV et vidé son compte en banque en même temps. Notre Monkey girl était peut-être amoureuse mais elle était surtout sans un sou. Si j’étais médisant je dirais que notre beau Adam s’est fait plumé comme un bleu mais comme l’histoire est drôle on mettra sa naïveté sur le compte de la jeunesse. Comment va-t-il expliquer à ses parents qu’il a dépensé autant de dollars en si peu de temps? Je n’ai aucune idée à lui soumettre. Je suis sûr qu’il trouvera une bonne excuse et papa renflouera le compte.
Je pars demain pour la Thaïlande, la route est en très mauvais état et il est hors de question que je fasse le trajet en bus, je veux prendre un taxi. Il y a 6 heures de route environ, ça ne nous coûterait que 15$ par personne. Veut-il se joindre à moi? Il trouve que c’est une bonne idée. On fera le chemin ensemble
12/07/05
Je pars pour Siem Reap, j’ai acheté mon billet de bus à l’hôtel. Le tuk tuk de l’hôtel me dépose à la gare routière. Le voyage dure 6 heures. Je suis le seul touriste à bord, ce n‘est pas aujourd’hui que je vais me faire de nouveaux amis.
A mi-chemin, on s’arrête dans un restaurant situé au bord d’un étang. Des centaines de poissons sont engraissés avec les restes des clients. Je jette une cuillerée de riz par-dessus la rampe, une nuée de poisons se précipite dessus. J’étais en train de finir mon assiette de riz quand je vois débarquer Adam. Mon ami américain rencontré au Sikkim, il a bien mauvaise mine. Je ne le lui dis pas.
On est heureux de se retrouver. Il est aussi en chemin vers Siem Reap, mais lui voyage dans un bus plein de touristes. On n’a pas le temps de se parler, mon bus est sur le point de repartir. Je lui donne l’adresse de la guest house où je souhaite résider pendant mon séjour à SR. On convient de se retrouver là-bas, il a plein de chose à me raconter. Il a adoré le Vietnam, il a passé de bons moments à HCMV, il y est resté plus de deux semaines. Je suis impatient de connaître les Adam’s aventures in Vietnam.
A l’arrivée des dizaines de chauffeurs de rickshaw attendent les touristes et comme je suis le seul touriste à bord, tous se jettent sur moi. Ca me rappelle l’un des mauvais côté de l’Inde. On se bataille mon sac à dos pour que je suive celui qui le tient. Je crois qu’il est temps que je calme leurs ardeurs en poussant une bonne gueulante. Je pousse mon cri de guerre, c’est efficace car tous s’arrêtent. Ok now, I want my bag back and I am going to take you, there in the corner, who’s not said a word and hasn’t jumped on me. Ce petit problème réglé je monte dans le ricksaw et nous voilà sur le chemin de l‘hôtel.
L’hôtel est bien placé mais la réception est froide, peut-être parce que l’hôtel est complet. Je ne sais pas comment Adam va me retrouver. Le chauffeur de rickshaw me conduit à un hôtel récemment ouvert. C’est un bâtiment flambant neuf, il n’y a personne derrière la réception, dans le coin salon 4 hommes sont couchés par terre en train de regarder la télévision. Je leur demande s’il y a une chambre de disponible, on me répond que oui. Je demande à la voir, elle me convient, je négocie le prix à 6$.
Le chauffeur de tuk tuk s’appelle Vathy, il me propose ses services pour visiter le site d’Angkor. On tombe d’accord sur 8$ par jour. Il me transportera d‘un site à un autre du lever du soleil au coucher du soleil. On commence la visite demain à 07h00.
Adam atterrira peut-être ici? L’occasion de se croiser se présentera certainement de nouveau dans les prochains jours.
11/07/05
Avant de visiter le musée National, je me ballade dans les rues alentours. PP n’a aucun charme, c’est une ville encombrée et polluée. On croise peu de gens à l’air joyeux. Il est évident que la vie est dure pour un grand nombre de Cambodgiens. J’approche un marché, j’aime à me faufiler dans leurs allées étroites obstruées de toutes sortes de victuailles et autres objets d’aucune nécessité. C’est dans les marchés qu’on rencontre les locaux. Même là, c’est pas la joie. Un ado, un sac de plastique collé sur le nez et la bouche sniffe de la colle. Une collection d’estropiés fait la manche. Je n’ai jamais vu autant de manchots, culs-de-jatte et d’aveugles réunis au même endroit. PP est déprimante, je vais visiter le musée, le palais et demain je décampe.
Le musée national renferme la plus grande collection de sculptures khmères datant de la période d’Angkor ainsi que des sculptures et de l’artisanat datant de l’époque des empires Funan et Chenla. Belle ballade dans le passé. Le musée est un superbe bâtiment de style traditionnel, sa construction fût achevée en 1920.
Je n’ai pas pu visiter le palais royal, il était fermé.
C’est sans regrets que je dis bye bye à PP.
Je prends mon petit déjeuner à l’hôtel 123, la jeune fille dynamique est derrière le comptoir de la réception. Hello John, how are you doing? Pour simplifier les choses je me fais appeler John, personne ici ne peut prononcer mon prénom. Tout va bien, je suis prêt pour le départ, environ 9 heures de trajet entre HCMV et PP. Il paraît que les formalités de départ prennent un temps infini. Will see. Le point de frontière est Chau Doc.
La route du côté vietnamien est belle, la circulation est fluide. On atteint le poste de frontière en moins de 4 heures mais on aurait pu l’atteindre beaucoup plus rapidement si on n’avait pas fait une étape de plus de 45 minutes dans un restaurant au bord de la route.
Le poste de frontière du côté vietnamien est un bâtiment moderne avec un semblant d’air climatisé. Un seul officier est en poste et quand on arrive la queue est déjà longue. D’autres officiers sont assis sur des chaises et on se demande bien ce qu’ils font. Les Vietnamiens passent devant tout le monde, pendant plus d’une heure notre queue ne bouge pas, puis soudainement les choses s’activent. Je retrouve dans la queue un couple d’Anglais rencontré pendant l’excursion dans la baie d’Along. Ils ne se sont pas éternisés à HCMV non plus. Ils pensaient faire l’excursion dans le Mékong mais ils ont changé d’avis. Ils vont passer quelques jours à PP avant de partir pour Siam Reap. On a à peu près le même programme à part qu’après Siam Reap ils partent pour le Laos et moi pour la Thaïlande. Il aura fallu plus de deux heures pour passer l’immigration vietnamienne, un record.
Du côté cambodgien le poste de frontière est en construction, les formalités sont faites dans des cabanes en bois. J’ai déjà mon visa, les formalités sont expédiées en un rien de temps, les douaniers cambodgiens sont beaucoup plus efficaces que leurs collègues vietnamiens. Ou alors il est plus facile d’entrer un pays que d’en sortir? Normalement c’est l’inverse.
La route entre le poste frontière et PP est en bon état mais on est entassé dans un minibus avec nos sacs à dos empilés les uns sur les autres, il fait très chaud et manque de chance la climatisation est en panne. Welcome to Cambodia.
Le Cambodge est le pays le plus pauvre de la région et ça se voit. Ce ne sont pas des minibus qui relient un village à un autre mais une charrette tirée par une moto. Les gens s’entassent sur des planches de bois, je me demande bien comment une moto peu remorquer un tel poids, elle avance au pas bien sûr. Les enfants sont morveux et vêtus de guenilles. On ne manque pas d’enfants en Asie, mais quand vont-ils prendre conscience qu’ils ne faut pas faire autant d’enfants?
On retrouve les paysages de rizières et de champs de mais, des paysans labourent leurs champs à l’aide de herses tractées par des buffles, la mécanisation n’est pas pour demain.
On atteint une ville importante où nous attendons de prendre un bac pour traverser le fleuve. Des enfants à moitié nu s’accrochent aux fenêtres de notre minibus, ils mendient, d’autres enfants plus âgés nous proposent des boissons fraîches, avec les dongs qui me restent j’achète une boite de Coca. Je n’avais pas vu autant de misère depuis que j‘ai quitté l‘Inde. Le peuple cambodgien a tellement souffert, malheureusement il continue de vivre dans de terribles conditions, ça ne donne pas envie de s’attarder. A part Angkor il y a peu de choses à voir et si il n’y avait pas Angkor personne ne viendrait au Cambodge.
On arrive enfin à PP. Le minibus nous conduit à une guest house partenaire. Je visite une chambre, elle ne me convient pas. Je demande qu’on me conduise à la Ok guest house, vivement recommandée par des voyageurs rencontrés au Laos. La chambre avec la climatisation est à 10$. L’emplacement est idéal, proche du palais royal et du musée National. Il y a de nombreux temples et stupas en ville mais j’en ai assez vus. Rien ne ressemble plus à un temple, une stupa theravada qu’un autre temple, une autre stupa theravada.