Il est 06h30 quand on quitte la gare de Lao Cai. On est encore tous un peu endormis mais au fur et à mesure que nous cheminons vers le sommet l’air frais nous réveille. Les premiers paysages de cultures en escalier apparaissent. La culture du riz est l’activité principale de la région, mais on y cultive aussi le maïs et des fruits tels que la pêche. Un couple d’Israéliens rencontré au laos et que j’ai croisé de nouveau à Hanoi m’a recommandé Le Mountain View hôtel. Il fait face aux montagnes et les chambres équipées de grandes baies vitrées offrent une belle vue. Et pour 8$ la nuit on ne peut rêver mieux.

L’intérêt de Sapa réside dans la rencontre avec les minorités ethniques, les deux plus grandes communautés étant les Mhong noirs et les Zao (Dzao). Une multitude de villages se nichent dans les vallées de la chaîne de montagnes de Haong Lien. De Sapa, de belles ballades à pied sont possibles et puis il est facile de louer une moto pour partir à la découverte des nombreuses cascades de la région et du col de Tram Tom situé à 1900 mètres d’altitude.
Le village le plus proche de Sapa est le village de Cat Cat, il se trouve à 3 kilomètres au fond d’une vallée accessible par la route. Mais la descente par le chemin aménagé se révèle bien plus intéressante.
Les jeunes filles Mhong et Dzao font commerce de souvenirs et de vêtements traditionnels. Toutes parlent quelques mots d’anglais et certaines parlent même quelques mots de français. Elles ont une technique de vente bien rodée, il est difficile de ne pas se laisser attendrir surtout quand elles portent sur leur dos le dernier né de la famille.
Chaque samedi le grand marché de Sapa est très fréquenté par les montagnards et les touristes. En pleine saison les touristes sont parfois plus nombreux que les autochtones. Le marché est l’endroit idéal pour prendre des photos. Les montagnards y viennent faire provision pour la semaine. Les étals de viandes sont peut-être les plus intéressants, comme par exemple cette tête de buffle qui repose dans un bac en fer au milieu de sang caillé posé à même le sol.

Mais le plus fascinant reste l’observation des montagnards faisant leurs emplettes. Je passe la matinée à flâner dans les allées du marché. Je prends de nombreux clichés, peut-être les plus chargés en émotions depuis l’Inde. Les enfants et les personnes âgées sont les sujets les plus captivants. On ne s’intéresse pas à moi, on me laisse faire. On me lance parfois un petit regard amical.
Je prends une série de photos d’une grand mère et de son petit fils attablés devant des bols de riz. Elle a le visage ravagé par les rides, ses oreilles se sont allongées sous le poids d’énormes boucles en argent. On devine qu’elle a beaucoup travaillé dans sa vie, qu’elle continue probablement à travailler dans les champs, que les conditions de vie n’ont jamais été faciles. Assis à côté d’elle son petit fils, elle pose un regard plein de tendresse sur lui. Il a encore les joues du poupon, il se tient bien à table, il plonge sa cuiller dans le bol de riz avec entrain. La vie commence juste pour lui, sera-t-elle plus douce que celle de sa grand mère?

Sur leur droite, une mémé est assise seule, le visage moins abîmé par les ans, les oreilles allongées aussi par d’énormes boucles d’argent. Son regard dégage une immense tristesse, une lassitude de la vie peut-être? Elle mange sans appétit. Un peu plus loin, une jeune femme Mhong noir avec son enfant sur le dos mange un bol de nouilles. L’enfant me regarde fixement. Il a un grain de riz collé sur la joue. J’essaye sans succès de lui tirer un sourire.

Un groupe de jeune filles Mhong noir est installé sur l’escalier menant à l’étage des tissus. Elles regardent l’agitation du marché, un moment de distraction avant de poursuivre leurs emplettes, elles n‘ont peut-être pas l‘argent pour s‘offrir ce qu‘elles voudraient.

Et puis cette femme coiffée d’un chapeau traditionnel de forme conique qui reste sous la pluie sans bouger. Elle n’a pas l’air de bien aller, un coup de blues passager ou bien est-elle dans une détresse profonde? On sait bien que les gens ici n’ont pas grand chose et que l’afflux des touristes ne profitent qu’a un petit nombre de privilégiés.
Une vieille femme déambule les rues de Sapa à toutes heures de la journée et de la nuit, je l’ai déjà croisée à plusieurs reprises. Elle a perdu la tête, elle ne veut plus rentrer dans son village. De jeunes filles Mhong me raconte son histoire. Elle n’a plus rien, plus de famille, plus de toit, plus d’argent. Elle a vendu tous ces bijoux. Elle vit avec ce que les gens veulent bien lui donner. Elle dort dehors par tous les temps et même à cette période de l’année les nuits sont fraîches et humides. Des paumés il y en a de partout mais de voir une femme de son âge vivre sur le trottoir n’est pas chose facile. On pourrait penser qu’après l’Inde je serais blinder et bien non et heureusement qu’il en est ainsi.

Sur une note plus gaie, il y a une autre photo que j’adore c’est celle d’un jeune garçon, portant un t-shirt avec Sapa écrit dessus, posant devant des buffles en train de se rafraîchir dans une mare. Il a la morve au nez, le visage couvert de cicatrices, c’est un casse-cou c’est sûr.

Une autre de mes favorites est celle où une vieille femme Dzao croisé sur l’un des chemins de montagne essaye de me vendre quelques souvenirs. Il y en a plein d’autres que j’aime tout autant. Sapa restera l’un des meilleurs moment de ma visite au Vietnam.
Le meilleur moyen de transport pour explorer les nombreuses cascades de la région est la moto. J’en loue une pour la journée. Ici, la circulation n’a rien à voir avec celle de Hanoi, mais il faut quand même faire preuve de prudence. Je me rends au plus haut col du Vietnam le Tram Tom situé sur le versant nord du Fansipan (plus haut sommet du Vietnam), il se trouve à une altitude de 1900 m. La vue est magnifique malgré le temps pluvieux, brumeux et froid. Un vent fort balaie le sommet. Les montagnes sont couvertes d’une végétation dense. Je descends sur l’autre versant en direction de Lai Chau, après quelques kilomètres seulement le temps change et il fait chaud de nouveau. Sapa est le point le plus glacial du Vietnam et Lai Chau le plus torride. Un peu avant d’arriver au col, la Thac Bac, ou cascade d’Argent, haute de 100 m, longe la route.

Je continue la découverte de la région en partant au hasard des routes et chemins. Souvent, je croise des montagnards marchant sur le bord de la route. De jeunes femmes portent sur leur dos des huttes pleines de fourrage. Les montagnards cultivent le riz, le maïs et élèvent de la volaille, des buffles, des chèvres et des porcs. Les montagnards mangent beaucoup de porc, dans la soupe de nouilles par exemple. Et tous, hommes comme femmes, portent le costume traditionnel de leur groupe ethnique.
Il est temps de quitter la fraîcheur de Sapa pour retrouver la chaleur moite de Hanoi. J’ai réservé une place dans le train de nuit qui arrive à Hanoi vers les 5h00 du matin. Les vacances scolaires ont commencé, les trains sont complets. Je me trouve dans un compartiment avec deux Canadiennes et un Vietnamien qui fait ses études universitaires à Ottawa, il parle l’anglais avec un fort accent nord américain. Je suis claqué, je m’allonge sur ma couchette et ne participe pas à leur conversation. Je m’endors rapidement.
