Vendredi 18 août 2006

Les cérémonies durent plusieurs jours. 

Il y a la journée des offrandes, les amis de la famille mais aussi les gens des villages voisins offrent des cochons des poules, les buffles sont offerts par la famille proche, nous les touristes qui assistons à cette journée on offre une cartouche de cigarettes ou si on est suffisamment nombreux on peut offrir un cochon aussi, un petit cochon coûte 350,000 rupiahs. 

Mon guide me présente à l’un des membres de la famille qui m’invite à m’asseoir à l’intérieur de l’un des petits pavillons temporaires. Elle est l’une des filles du défunt, elle vit avec sa famille à Jambi, ville du sud de Sumatra. 

 

Des nattes de tissu recouvrent le sol, on se déchausse et on s’assoie par terre. Elle nous propose du thé accompagné de friandises et de spécialités locales. On m’explique que le défunt est mort il y a 4 ans maintenant. Et comme la famille est éparpillée dans tout l’archipel il a fallu attendre que chacun se libère de ses obligations pour organiser les cérémonies. 

Je présente mon offrande, une cartouche de cigarettes. On me remercie et m’invite à prendre encore un peu de thé. Je suis assis à la droite de la maison principale, faisant face à 6 réserves à grains. A ma droite, il y a la salle de réception. C’est là que les donateurs de cochons et de poules sont remerciés officiellement par tous les membres de la famille. A ma gauche, la maison temporaire du défunt. L’ensemble ressemble à une place de village de forme rectangulaire.

 

Pendant plusieurs heures des cochons vont être offerts, les donateurs sont ensuite invités à s’asseoir dans la salle de réception, les femmes d’un côté les hommes de l’autre. Quatre hommes en costumes traditionnels exécutent une danse tribale, ils conduisent le cortège autour de la  place jusqu’à l’entrée de la salle de réception. Des enfants portant le costume traditionnel Toraja forment une haie d’honneur devant l’entrée de la salle de réception. Une fois que chacun a pris sa place, une chorale de jeunes filles habillées de splendides robes de couleur jaune prend place devant la salle de réception. Elles ont un éventail dans une main et un bout de tissu jaune dans l’autre. Elles chaloupent en interprétant une chanson lente et harmonieuse. Le mouvement des mains et lui aussi lent et gracieux. Elles portent de belles parures. L’ensemble est vraiment très beau à regarder.

Et au milieu de cette harmonie de beauté les grognements des cochons qui eux n’apprécient pas d’être emprisonnés entre des tiges de bambou. Une centaine de cochons seront sacrifiés aujourd’hui. Derrière la maison principale et les bâtiments temporaires on tue à la chaîne. La moitié du porc revient à la famille du défunt l’autre moitié étant gardée par le donateur. Pendant ces mois de cérémonies on mange beaucoup de viande de porc et de buffle en pays Toraja, puis le régime riz légumes avec un peu de poulet et des œufs revient jusqu’à la prochaine vague de cérémonies qui à lieu au mois de décembre. 

Pendant plusieurs heures donc le même rituel se répète, les dons arrivent, les donateurs sont remerciés par la famille, puis les cochons sont sacrifiés. Les buffles ne sont pas sacrifiés le même jour que les cochons. Le buffle est un animal respecté. Il peut porter des poids extrêmement lourd et il représente une manne financière non négligeable. Un buffle de taille moyenne se négocie plusieurs millions de rupiahs.

L’heure du déjeuner arrive, on nous sert un repas à base de riz et de brochettes de porc (saté), de légumes en sauce, de soupe de porc aux flageolets, de poissons… C’est un vrai festin, pendant que les grognements des porcs qu’on égorge continus. J’explique à mon guide que j’ai déjà vu un cochon égorgé mais jamais autant dans une même journée et jamais de buffle. Le jour du sacrifice des buffles doit être vraiment particulier. J’espère pouvoir assister à l’une de ces journées. On ne nous sert pas d’alcool pendant la cérémonie, mais derrière nous, là où les cochons sont sacrifiés, on boit du vin de palme, et les dégâts commencent à se voir. Le vin de palme est versé dans une tige de bambou qu’on fait circuler autour de l‘assistance. Comme on ne peut pas sacrifier tous les cochons la même journée l’abattage continuera demain.

 

Les derniers donateurs remerciés. La cérémonie touche à sa fin. Les lieux se vident. Seuls les membres de la famille et les bouchers restent. Il y a du nettoyage à faire.

Le sacrifice des buffles aura lieu le troisième jour. Je reviendrai assister à cette cérémonie sans mon guide, maintenant que je connais un des membres de la famille je peux venir seul mais il ne faut pas que j’oublie de faire don d’une cartouche de cigarettes.  

 

Je passe la journée précédent le sacrifice des buffles à me balader dans la campagne Toraja et à visiter des villages traditionnels tels que Buntu Pune, Pala Tokke, Ke’te Kesu, Sullukan. Sur la falaise derrière le village de Ke’te Kesu on trouve d’anciens tombeaux suspendus ainsi que des caves servant de sépulture.

 

Les morts étaient enterrés avec leurs possessions favorites (bijoux, argent…), ceci conduisait à de nombreux pillages de sépultures. Afin d’éviter les profanations de tombes, les Torajas ont commencé à suspendre le long de hautes falaises ou d’enfuir à l’intérieur de cavités profondes les cercueils. Assis au balcon ou suspendu à la falaise un tau tau, effigie du mort grandeur nature en bois sculptée est exposée devant l’entrée du tombeau. De nos jours les morts sont placés dans le caveau familial, un caveau peut contenir plusieurs centaines de cercueils. La construction peut être moderne ou bien traditionnel. Il n’existe pas de cimetières. Les caveaux sont éparpillés dans la campagne Toraja. 

Les rizières de plaine sont moins belles que celles de montagne mais les paysages du pays Toraja restent magnifiques. Le gunnung Sesean (2150m) domine le paysage. Je compte monter au sommet dans les prochains jours.

Tout au long de la ballade, les enfants des villages me lancent des hello mister ou hello tourist suivi d’un how are you de temps en temps. Mais la conversation s’arrête là. La campagne est parsemée d’églises, toutes de construction assez récente, les anciennes constructions de bois ont disparues. De temps en temps on trouve une mosquée mais c’est assez rare. Ces villages abritent de petites communautés qui sont établies depuis des générations, il ne viendrait à l’idée de personne de se convertir à l’islam. On a tendance à affirmer plus fort ses différences quand on fait parti d‘une minorité. 

La ballade de Rantepao aux villages cités ci-dessus représente un parcours d’une dizaine de kilomètres, je prends un bemo pour rentrer à Rantepao. 

 

par Jean Yves publié dans : incredibleasia
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Vendredi 18 août 2006

Le pays Toraja est la région la plus visitée de Sulawesi. Elle est peuplée en grande majorité de chrétien aux coutumes ancestrales. Les cérémonies funéraires sont un temps fort de toute visite en terre Toraja. 

Autre curiosité: l’architecture particulière des maisons Toraja, constructions en bois sur pilotis, les toits ont la forme de cornes de buffle, animal de grande importance économique et mythique pour les Torajas, mais on dit aussi que le toit aurait la forme d’un bateau, les Torajas sont gens de la mer. Les maisons Toraja sont orientées Nord-Sud avec une réserve à grain leur faisant face. Les réserves à grains sont un signe de richesse, plusieurs réserves à grains devant sont domicile signifient qu’on fait partie de la classe supérieure. La réserve à grain est construite sur le même principe que la maison principale, on apporte autant d’attention à sa décoration extérieur que pour le reste de la maison. Les motifs de décoration sont des coqs, ils représentent l’autorité, des têtes de buffles, le soleil (masculin), la lune (féminin), de motifs de différentes formes ainsi que de cornes de buffles. Une maison dotée de nombreuses cornes de buffles atteste qu’un nombre important de buffles a été sacrifiés lors de précédentes cérémonies funéraires. Plus le décédé est important plus le nombre de buffles sacrifiés sera important, 1 buffle pour le commun des mortel et jusqu‘à 24 pour le plus fortuné de la communauté. De nos jours, à côté de la maison traditionnelle, on construit une maison moderne fonctionnelle où vit la famille. La construction, la rénovation de maison traditionnelle coûte chère et demande des efforts financiers considérables.  

 

On compte 2 millions de Torajas dont 1.6 million sont éparpillés dans le reste de l’archipel et à travers le monde. Les Torajas sont une ethnie qui serait venue de Chine ou d‘Indochine mais on ne sait pas trop. C‘est un peuple de marins, ils seraient arrivés au nord de la Sulawesi par bateau. Mon guide me raconte d’autres histoires plus farfelues en me disant qu’ils seraient tombés du ciel (je pense tout de suite à la chanson de Higelin, peut-être l’a-t-il écrit après avoir visité Tana Toraja?). A la base les Toraja sont animistes, ce qui explique les sacrifices de cochons et de buffles pendant les cérémonies funéraires, l’âme de ces animaux va aider l’âme du défunt à atteindre les portes du royaume des dieux.

Les mois de juillet et août sont des mois chargés en cérémonies funéraires pour plusieurs raisons:

1/ les vacances scolaires permettent aux Torajas expatriés de rentrer au pays.

2/ Les récoltes sont terminées, les greniers sont pleins, on a du temps libre.

3/ On a de l’argent. 

Une cérémonie coûte chère, les membres de la famille économisent parfois pendant des années avant de fêter le disparu comme il se doit. Et comme il faut que toute la famille soit réunie ça peut prendre des mois voire des années d’organisation.

Tout de suite après le décès de la personne, une petite cérémonie est organisée, le défunt est placé dans une sorte de caisson en bois qui sera conservé dans la maison principale. Le défunt est considéré comme malade jusqu’au jours des grandes cérémonies où là il passe du statut de malade à celui de mort.

Tout autour de la maison principale et des réserves à grains sont construits des bâtiments temporaires, sorte de petits pavillons, où seront installé les membres de la famille, les amis, les villageois et les touristes.

La maison du défunt: Bâtiment sur pilotis en bois et bambou est une construction temporaire, elle est placée en face de l’entrée de la maison principale. Le cercueil trône au centre, le portrait du défunt est accroché sur l’une des façades. Une échelle faite de tiges de bambou permet d’accéder à la plate-forme où repose le cercueil. Une tenture de couleur bordeaux encadre l’entrée. Les motifs de décoration restent les mêmes, têtes de buffles, coqs, soleil, lune et noix de bétel. 

 

 

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Vendredi 18 août 2006
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Vendredi 18 août 2006

Tana Toraja, Sulawesi du 09 août au 20 août.

A peine débarqué du vol Ende-Denpasar que je me précipite au comptoir de Garuda Airways pour connaître les disponibilités et les tarifs entre Denpasar et Makassar. Le tarif est un peu cher, un Indonésien qui a entendu ma conversation m’indique que Lion Air, une compagnie low cost, a un vol quotidien sur Makassar, il y a un départ dans moins de deux heures. Le comptoir des ventes de Lion Air est à deux pas. Malheureusement, Le vol est complet, je demande si je peux être mis sur la liste d’attente, oui c’est possible. Parfait, je n’ai plus qu’à attendre 19h00 pour savoir si il y a une place de disponible. Le tarif a/r est de 900,000 rupiahs* près de 400,000 rupiahs de moins que le meilleurs tarif de Garuda.

45 minutes avant le départ, on me dit que j’ai une place sur le vol de ce soir (08/08) avec un retour confirmé pour le 20/08. Tout baigne.

Makassar est une grande ville portuaire surpeuplée sans intérêt, je n’ai pas l’intention de la visiter. Et comme la gare routière est à une dizaine de kilomètres de l’aéroport je compte passer la nuit dans un hôtel proche de l’aéroport. Il faut compter 9 heures de bus entre Makassar et Rantepao, plus grande ville du pays Toraja qui sert de base pour visiter les villages alentours.

Après moins d’une heure de vol dans un MD82 plein à craquer, on atterrit à l’aéroport de Makassar aussi appelé Ujung Pandang. Je trouve rapidement un hôtel de transit situé à quelques kilomètres d’ici, 70,000 rupiahs la nuit. La voiture de l’hôtel m’y conduit. Ma chambre ressemble à une cellule de prison et il y a deux gros cafards morts dans la cuvette des WC, la literie est en bon état et les draps sont propres alors pour une nuit ça fera l’affaire.

Je demande à la réception les horaires de bus pour le pays Toraja, il y a un départ toutes les deux heures. Je prendrai celui de 08h00.

Comme dans tout hôtel de transit, il y a de nombreux va et vient, je ne peux pas dire que j’ai passé une nuit reposante mais, ce matin, je suis plein d’ardeur. Je prends une moto taxi pour me rendre à la gare routière, toutes les motos peuvent être considérées comme taxi, il suffit d’arrêter le chauffeur et de lui demander combien il prend (tarif à négocier), c’est facile et pas cher. Le moyen de transport le moins cher reste le bemo (minibus) mais ils sont moins pratiques, souvent bondé et l’arrêt peut se trouver loin de l’endroit où tu veux aller. Ma moto taxi me dépose devant les marches de l’autobus en partance pour Rantepao. Je ne sais pas combien il y a de kilomètres entre Makassar et Rantepao, ici, on compte en heures de route. De toute façon rien ne peut être pire que les routes du Myanmar ou que la route entre Siem Reap et la frontière Thaïlandaise. 

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Vendredi 18 août 2006

Jour du départ vers Bali.  

 

Il est 15h00, l’ATR de Merpati en provenance de Denpasar vient de se poser sur le tarmac de l’aérodrome de Ende. 

 

Des maisons faites de bambou le longent, une ribambelle d’enfants s’amusait encore sur la piste quelques minutes avant son atterrissage. Une sirène hurlante les avertit d’une arrivée imminente, ils déguerpirent comme une volée de moineaux.

Le hall des enregistrements est en piteux état, une vielle banque en bois sert de comptoir. On donne ses bagages à l’agent d’escale qui les placent sur un trolley positionné à l’extérieur du bâtiment. Avant d’entrer dans le hall des départs, on passe sous un portique de sécurité qui ne détecte pas grand chose, il est là parce qu’il en faut un mais je doute qu’il fonctionne correctement. En Indonésie, on prend un vol intérieur sans avoir à présenter une pièce d’identité. J’aurais très bien pu acheter un billet d’avion sous le nom de Mickey Mousse que personne n’y aurait fait attention.

Une bonne cinquantaine de passagers débarque. Nous sommes 16 à partir. On ne nous a pas donné de carte d’embarquement. Free seating, on s’assoit où on veut. Je m’installe prés de la sortie de secours. Les joints du hublot partent en lambeaux. Cet avion de Merpati est comparable à celui de GTAir, il est dans le même état de délabrement. L’embarquement est à peine terminé quand les hélices des moteurs s’emballent. On décolle sur la mer, le ciel est clair, les vues sont superbes. On atteint rapidement l’altitude de croisière. On survole les îles de Rinca, Komodo, Sumbawa, Lombok, les îles Gili et Bali. On voit aussi d’innombrables îlots avec parfois une seule maison dessus. Quand on survole les îles Gili, j’envoie des coucous à Bob, il a peut-être les yeux rivés sur le ciel à ce moment là!

La piste d’atterrissage de l’aéroport de Denpasar plonge dans la mer, quelques secondes avant de se poser on vole bas au dessus des flots tumultueux. On pourrait presque effleurer l’écume des vagues. 

par Jean Yves publié dans : incredibleasia
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