Les cérémonies durent plusieurs jours.
Il y a la journée des offrandes, les amis de la famille mais aussi les gens des villages voisins offrent des cochons des poules, les buffles sont offerts par la famille proche, nous les touristes qui assistons à cette journée on offre une cartouche de cigarettes ou si on est suffisamment nombreux on peut offrir un cochon aussi, un petit cochon coûte 350,000 rupiahs.
Mon guide me présente à l’un des membres de la famille qui m’invite à m’asseoir à l’intérieur de l’un des petits pavillons temporaires. Elle est l’une des filles du défunt, elle vit avec sa famille à Jambi, ville du sud de Sumatra.
Des nattes de tissu recouvrent le sol, on se déchausse et on s’assoie par terre. Elle nous propose du thé accompagné de friandises et de spécialités locales. On m’explique que le défunt est mort il y a 4 ans maintenant. Et comme la famille est éparpillée dans tout l’archipel il a fallu attendre que chacun se libère de ses obligations pour organiser les cérémonies.
Je présente mon offrande, une cartouche de cigarettes. On me remercie et m’invite à prendre encore un peu de thé. Je suis assis à la droite de la maison principale, faisant face à 6 réserves à grains. A ma droite, il y a la salle de réception. C’est là que les donateurs de cochons et de poules sont remerciés officiellement par tous les membres de la famille. A ma gauche, la maison temporaire du défunt. L’ensemble ressemble à une place de village de forme rectangulaire.

Pendant plusieurs heures des cochons vont être offerts, les donateurs sont ensuite invités à s’asseoir dans la salle de réception, les femmes d’un côté les hommes de l’autre. Quatre hommes en costumes traditionnels exécutent une danse tribale, ils conduisent le cortège autour de la place jusqu’à l’entrée de la salle de réception. Des enfants portant le costume traditionnel Toraja forment une haie d’honneur devant l’entrée de la salle de réception. Une fois que chacun a pris sa place, une chorale de jeunes filles habillées de splendides robes de couleur jaune prend place devant la salle de réception. Elles ont un éventail dans une main et un bout de tissu jaune dans l’autre. Elles chaloupent en interprétant une chanson lente et harmonieuse. Le mouvement des mains et lui aussi lent et gracieux. Elles portent de belles parures. L’ensemble est vraiment très beau à regarder.

Et au milieu de cette harmonie de beauté les grognements des cochons qui eux n’apprécient pas d’être emprisonnés entre des tiges de bambou. Une centaine de cochons seront sacrifiés aujourd’hui. Derrière la maison principale et les bâtiments temporaires on tue à la chaîne. La moitié du porc revient à la famille du défunt l’autre moitié étant gardée par le donateur. Pendant ces mois de cérémonies on mange beaucoup de viande de porc et de buffle en pays Toraja, puis le régime riz légumes avec un peu de poulet et des œufs revient jusqu’à la prochaine vague de cérémonies qui à lieu au mois de décembre.
Pendant plusieurs heures donc le même rituel se répète, les dons arrivent, les donateurs sont remerciés par la famille, puis les cochons sont sacrifiés. Les buffles ne sont pas sacrifiés le même jour que les cochons. Le buffle est un animal respecté. Il peut porter des poids extrêmement lourd et il représente une manne financière non négligeable. Un buffle de taille moyenne se négocie plusieurs millions de rupiahs.
L’heure du déjeuner arrive, on nous sert un repas à base de riz et de brochettes de porc (saté), de légumes en sauce, de soupe de porc aux flageolets, de poissons… C’est un vrai festin, pendant que les grognements des porcs qu’on égorge continus. J’explique à mon guide que j’ai déjà vu un cochon égorgé mais jamais autant dans une même journée et jamais de buffle. Le jour du sacrifice des buffles doit être vraiment particulier. J’espère pouvoir assister à l’une de ces journées. On ne nous sert pas d’alcool pendant la cérémonie, mais derrière nous, là où les cochons sont sacrifiés, on boit du vin de palme, et les dégâts commencent à se voir. Le vin de palme est versé dans une tige de bambou qu’on fait circuler autour de l‘assistance. Comme on ne peut pas sacrifier tous les cochons la même journée l’abattage continuera demain.

Les derniers donateurs remerciés. La cérémonie touche à sa fin. Les lieux se vident. Seuls les membres de la famille et les bouchers restent. Il y a du nettoyage à faire.
Le sacrifice des buffles aura lieu le troisième jour. Je reviendrai assister à cette cérémonie sans mon guide, maintenant que je connais un des membres de la famille je peux venir seul mais il ne faut pas que j’oublie de faire don d’une cartouche de cigarettes.
Je passe la journée précédent le sacrifice des buffles à me balader dans la campagne Toraja et à visiter des villages traditionnels tels que Buntu Pune, Pala Tokke, Ke’te Kesu, Sullukan. Sur la falaise derrière le village de Ke’te Kesu on trouve d’anciens tombeaux suspendus ainsi que des caves servant de sépulture.

Les morts étaient enterrés avec leurs possessions favorites (bijoux, argent…), ceci conduisait à de nombreux pillages de sépultures. Afin d’éviter les profanations de tombes, les Torajas ont commencé à suspendre le long de hautes falaises ou d’enfuir à l’intérieur de cavités profondes les cercueils. Assis au balcon ou suspendu à la falaise un tau tau, effigie du mort grandeur nature en bois sculptée est exposée devant l’entrée du tombeau. De nos jours les morts sont placés dans le caveau familial, un caveau peut contenir plusieurs centaines de cercueils. La construction peut être moderne ou bien traditionnel. Il n’existe pas de cimetières. Les caveaux sont éparpillés dans la campagne Toraja.
Les rizières de plaine sont moins belles que celles de montagne mais les paysages du pays Toraja restent magnifiques. Le gunnung Sesean (2150m) domine le paysage. Je compte monter au sommet dans les prochains jours.
Tout au long de la ballade, les enfants des villages me lancent des hello mister ou hello tourist suivi d’un how are you de temps en temps. Mais la conversation s’arrête là. La campagne est parsemée d’églises, toutes de construction assez récente, les anciennes constructions de bois ont disparues. De temps en temps on trouve une mosquée mais c’est assez rare. Ces villages abritent de petites communautés qui sont établies depuis des générations, il ne viendrait à l’idée de personne de se convertir à l’islam. On a tendance à affirmer plus fort ses différences quand on fait parti d‘une minorité.
La ballade de Rantepao aux villages cités ci-dessus représente un parcours d’une dizaine de kilomètres, je prends un bemo pour rentrer à Rantepao.


