Lundi 6 novembre 2006

Le jour du sacrifice des buffles est arrivé.

 

 

Aujourd’hui à Bolu (2 kilomètres au nord de Rantepao), c’est jour de marché aux animaux, fruits et légumes, habillement et autres ustensiles en tout genre. 

 

Bolu se trouve à côté de la station des bemos servant les villages au nord de Rantepao. C’est ici que je prends le bemo qui me conduit à Sa’dan. Mais avant de partir, je fais un tour du marché.  

 

Sur un terrain aménagé se trouve une centaine de buffles, ça va du plus petit au plus gros. Il y a de belles pièces à la vente. Le buffle le plus cher est exposé à l’entrée. C’est un buffle albinos tacheté aux yeux bleus, il est énorme. Il a de belles cornes aussi. Le propriétaire se tient droit comme un i, il est visiblement très fier de sa bête. Tout au fond du terrain ce sont des cochons qu’on achète. Puis je fais le tour du marché aux fruits et légumes. On y trouve aussi du café, des poisons frais et séchés, de la volaille et des friandises.

 

 

 

Le bemo pour Sa’dan stationne à la sortie du terminal. Il part quand il est plein. Il ne reste plus que trois places, on ne devrait pas attendre longtemps. Effectivement, quelques minutes plus tard on est en route.

Quand j’arrive sur le lieu des cérémonies tout est calme. Seuls quelques touristes accompagnés de leur guide font le tour de la propriété. Les membres de la famille les plus proches du défunt sont occupés à négocier le nombre de buffles qui seront sacrifiés. 

Je ne vois pas les membres de la famille que je connais. Un homme vêtu de noir s’approche de moi. Il me demande si je cherche quelqu’un, je lui explique que j’étais ici le jour de la réception des dons et que mon guide m’a expliqué que je pouvais revenir sans lui le jour du sacrifice des buffles. Je lui donne le nom du guide qu’il connaît bien sûr. Il me dit que je peux m’installer dans son pavillon et m’offre du thé, je lui donne la cartouche de cigarettes.

Il m’explique que la cérémonie des sacrifices commencera entre 12h00 et 13h00 mais dans peu de temps des combats de buffles seront organisés devant l’entrée de la propriété.  

 

On assistera à trois combats, le buffle vainqueur du premier combat est opposé à un challenger. Le champion gagnera les trois combats. La force qui se dégage de ses mastodontes est impressionnante, ils écrasent tout sur leur passage. Des cris fusent de l’assistance, les propriétaires encouragent leur bête, les membres du public prennent parti. Mais il est prudent de rester sur ses gardes. Quand deux buffles s’affrontent ils n’arrêtent pas le combat si ils sortent du terrain et mieux vaut ne pas se trouver sur leur chemin. Les buffles ne se blessent pas grièvement, seules quelques égratignures autour du cou sont la norme. Le buffle en position défavorable abandonne vite le combat.

Le champion trône au centre du terrain, il attend son prochain adversaire. Les propriétaires des autres buffles décident qu’il est vraiment trop fort et qu’aucun autre challenger lui sera opposé aujourd’hui. Peut-être n’aura-t-il plus jamais à se battre?

 

De plus en plus de groupes de touristes arrivent. Ils ont malheureusement manqué les combats. Il est un peu plus de midi quand les buffles candidats au sacrifice sont présentés devant les plus importants membres de la famille.

Le chef de cérémonie est assis devant la maison temporaire du défunt, il est entouré par quelques hommes âgés. Ils entament un chant. A la fin de celui-ci, le  chef de cérémonie, accompagné de deux personnes portant un gong martelé à intervalle régulier, consulte les membres de la famille. Le nombre de buffles à sacrifier et l’ordre est décidé.  

 

Au milieu du terrain, des piquets de bois ont été plantés profondément. C’est à ces piquets que l’une des pattes du buffle est attachée au moment du sacrifice. Les derniers buffles sacrifiés, généralement les moins gros, sont attachés aux cornes des cadavres jonchant le sol.

Ce n’est pas le spectacle le plus réjouissant qui soit, mais c’est une coutume qui a une grande importance pour les Torajas. Les plus jeunes montrent ainsi à leurs aînés qu’ils les respectent qu’ils respectent leurs us et coutumes et que l’âme du défunt atteindra les portes du paradis en bonne compagnie.

Le nombre de touristes présent décroît au fur et à mesure que le nombre de buffles gisant dans leur sang augmente.

Le buffle est attaché au piquet par la patte. Il a un anneau dans le nez, une corde est attachée à l’anneau. Le propriétaire fait lever la tête du buffle en tirant sur la corde afin de bien faire ressortir la trachée, son assistant lui passe une sorte de sabre très aiguisé qu’il saisit rapidement, puis d’un geste brusque  sectionne le cou de l’animal. Une giclée de sang jaillit, une plaie béante apparaît.

Selon la force de l’animal et si le coup de couteau a bien été administré le buffle s’effondre en quelques secondes. Mais il y en a d’autres, aux ressources extraordinaires, qui se battent jusqu’au dernier souffle. Quand un buffle couvert de sang vacille pendant plusieurs minutes, qu’il tombe puis se remet sur ses pattes, puis tombe de nouveau avant de rendre l’âme n’est pas un spectacle facile à regarder. C’est certainement encore plus difficile pour le propriétaire.

On était peu de touristes à rester jusqu’au quatorzième sacrifice. Les buffles luttant le plus pour leur vie sont vivement encouragés, mais l’issue est fatale. Un grand silence s’empare de l’assistance quand le dernier buffle s‘écroule, puis, le dépeçage commence rapidement. La peau sera vendue et la viande distribuée entre les membres de la famille, les donateurs et les invités. Pendant ce temps d’autres buffles (bien vivant) sont mis en vente aux enchères, les bénéfices seront reversés à des œuvres caritatives, à la paroisse du village… 

Pour nous touristes c’est la fin de la cérémonie. J ’ai besoin de marcher dans la belle campagne Toraja, histoire d’atténuer les images sanguinolentes que j’ai en tête. 

par Jean Yves publié dans : incredibleasia
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