Tao Kombo, Gili Meno
Dans quelques semaines je serai de retour en France. Après plus de huit mois sur la route, je vais retrouver mes parents, ma famille, mes amis et le confort douillet de mon appartement. Je ne suis pas triste de rentrer bien au contraire mais je repartirai en voyage c’est sûr. Quand? Who knows?
Que dire de Gili Meno ? C’est une île paradisiaque au large de Lombok où il ne se passe rien. Mais où tu te réveilles chaque matin sous un beau ciel bleu, aux bruits du déferlement des vagues sur la plage, du chant des coqs, aux geckossements (pas encore dans le petit robert) des geckos, du bêlement des chèvres, du meuglement des vaches, du piaillement des oiseaux…
Il est 06h00, j’enfile rapidement un short et je pars assister, sur la plage, au lever de l’astre solaire. Le soleil apparaît derrière le volcan Rinjani, plus haut sommet de Lombok (3700M). Le Rinjani se dessine comme une ombre chinoise sur l’horizon, son pic est libre de nuage. A ses pieds, quelques villages épars sont noyés dans la brume matinale. C’est le plus idyllique moment de la journée, la plage est déserte, seul un pêcheur tente sa chance en lançant sa ligne le plus loin possible du rivage. Plus le soleil monte haut dans le ciel plus son rougeoiement perd en intensité pour enfin ne plus diffuser qu’une aveuglante lumière blanche. Et Meno se réveille au jour nouveau. La vie peut être belle sous les tropiques!
Les journées se suivent et se ressemblent. A la gauche du Jungle Bar du Tao kombo, on trouve un espace repos avec deux hamacs.
Vers 14h00, l’estomac dans les talons, je rends visite à Mama Melany, elle tient une paillote sur
Ali et ses 40 vendeurs arpentent la plage, ils interpellent les touristes en italien, en français, en anglais. Ils pratiquent la technique du harcèlement, pour se débarrasser d’eux les touristes craquent et achètent un souvenir. Une fois qu’ils ont mis la main sur un acheteur potentiel ils ne le lâchent plus. Ils ont besoin de cet argent pour faire vivre leurs familles, c‘est une question de survie. Alors, ils s’accrochent aux portefeuilles bien garnis comme un chien à son os. Il est difficile de leur résister, ils sont très efficaces. Je plaisante avec eux, ils savent qu’ils ont peu de chance de me vendre quoi que ce soit, mais ils essayent de temps en temps. Ali attend le dernier jour de mon séjour pour tenter sa chance, il est plus malin que les autres. Paul a abandonné. Cette année, il a les cheveux longs et un petit bouc. Je le surnomme Jésus Christ, ça fait rire tout le monde bien sûr. Ali a toutes les raisons d’être heureux, la saison marche bien, et, depuis 4 jours, il est le papa d‘une petite fille.
Souvent le matin, après le lever du soleil, je fais du snorkeling. Le soleil est déjà haut dans le ciel. Ce matin, la mer est aussi lisse qu’un lac gelé. Une brise légère balaie la plage vierge de toute empreinte. Ici et là, des débris de corail mort s’enlisent dans le sable humide. La mer se retire, elle les abandonne pendant quelques heures aux rayons brûlants du soleil. La surface de l’eau scintille. Si la terre de Gili Air et de Lombok n’était pas visible, je pourrais facilement m’imaginer être le rescapé d’un naufrage. J’aurais échoué là, tel un Robinson, avec son masque et son tuba, prêt à nager avec les poissons et les tortues! J’entre dans l’eau et commence mon exploration sous-marine. Il y a quelques années l‘ouragan El Nino avait fait des dégâts considérables, des récifs de corail avaient été anéantis. Il semblerait que les récifs reprennent vie, on voit aussi de plus en plus de corail dans les eaux peu profondes du bord de plage. Les poissons sont plus nombreux, les gros poissons que l’on ne trouve normalement qu’à partir de
Ali me lance des Hello Brother à longueur de journée, il me dit: You lost weight more sexy this year ! Effectivement, j’ai perdu un peu de poids, l’Inde est le meilleur régime que je connaisse. Ali n’a pas besoin de perdre de poids, il est encore plus maigre que l’année dernière. Il me dit qu’il a trop de soucis. Ah bon! Et de quel ordre? Il me répond, trop de soucis c’est tout. Je ne sais jamais quand il est sérieux ou pas. Et puis il éclate de rire.
Un gecko a pris résidence dans mon bungalow, il gobe tout ce qui lui passe devant
Ce matin, j’ai la tête dans le seau. Hier soir, on a un peu trop forcé sur
Je retrouve avec beaucoup de plaisir le visage lumineux, le regard rieur de Mama Atti, la reine des massages, elle est en pleine forme. Elle a beaucoup de travail avec les clients de l’hôtel Kontiki. Cet hôtel reçoit de petits groupes, ils passent 3 semaines en Indonésie, ils sont escortés par un guide. La durée maximum de leur séjour sur Gili Meno est de deux jours. Ils sont éreintés, ils sillonnent l’archipel depuis quelques jours et ont besoin de souffler un peu. Le massage réparateur de Mama Atti est apprécié, toutes les masseuses de l’île se concentrent autour du Kontiki où les clients semblent avoir des budgets conséquents. Ce qui est une aubaine pour les voyageurs indépendants qui ne sont plus autant sollicités. Ali et ses compères squattent aussi le Kontiki. Le Kontoki leur fait penser à un coffre fort dont on aurait oublié de fermer la porte.
Sur Meno, on se régale de poissons frais, thon, barracuda, dorade, maquereau, calamar et de crustacés, crevette, homard. Tous les restaurants de l’île les préparent grillés ou frits. Le Tao Kombo organise, une fois par semaine, un barbecue de poissons et de crustacés. Ce sont toujours des soirées animées où on rencontre de nombreux touristes ainsi que les employés des centres de plonger.
Je suis resté 3 semaines sur l’île, j’aurais eu largement le temps de passer mon open waters Paddy certificat. Chaque année je dis à Joan, directrice irlandaise du centre Blue Marlin, que je le passerai l’année prochaine. Chaque année, je repousse la formation dans l’espoir de revenir sur Meno l’année suivante. Je ne poserai certainement pas le pied sur Meno en 2006. Je ne partirais peut-être pas en voyage en 2006? J’aurais peut-être un autre job, d’autres obligations? Il faudrait que je me fixe un objectif réalisable et que je maintienne le cap jusqu’à atteindre le cœur de
Bob, propriétaire manager du Tao Kombo, est lui aussi en pleine forme. Et puis il est amoureux. Depuis quelques mois il fréquente une jeune indonésienne au charme fou. Elle est divorcée, elle a une petite fille. Leur liaison fait beaucoup jaser les gens de l’île, une autochtone divorcée sortant avec un cul blanc c’est nouveau sur Meno. Pourtant, les couples mixtes ne sont pas une nouveauté sur l’île. Ce qui fait peut-être le plus jaser c’est qu’ils passent des nuits ensemble. Le microcosme des îles Gili succombe facilement aux rumeurs, aux bavardages. Tout le monde se connaît depuis la plus tendre enfance, Bob a été adopté par les habitant de Meno, son histoire d’amour fait partie de leur vie, qu’ils lui donnent leur avis est normal, ils n’ont pas l’impression d’envahir sa vie privée, bien au contraire. Sa copine comprend leur attitude même si elle la gêne aussi, Bob aimerait bien leur dire de se mêler de leurs affaires. Il garde son sang froid, mais c’est difficile.
Entre son amour et son pote niçois Bob, il a peu de temps à lui. En effet, depuis deux mois maintenant, un de ses meilleurs amis niçois vit avec lui. Ils se connaissent bien, il y a quelques années, ils ont parcouru pendant une année le continent africain. A la fin de ce périple africain Philippe est rentré en France, Bob et son autre pote ont poursuivi l’aventure en Australie avant d’atterrir en Indonésie où ils ont créé le travel lodge Tao Kombo. Philippe est arrivé presque sans prévenir. Sa compagne l’a plaqué du jour au lendemain. Ils sortaient ensemble depuis de nombreuses années. Il ne s’y attendait pas. Il avait besoin de s’éloigner, belle aubaine que l’un des ses potes vive à l’autre bout du monde. Il a organisé son départ en cinq jours, sans s’occuper des formalités de visa. Le visa indonésien délivré à l’arrivée est valide pendant 30 jours, on ne peut pas le renouveler sur place. Alors, chaque mois, il fait une escapade malaisienne, il passe une nuit à Kuala Lumpur avant de rentrer sur Meno et d’obtenir un nouveau visa de 30 jours. Son retour vers Nice est prévu pour fin septembre.
Que font deux amis méridionaux quand ils se retrouvent? Ils jouent à la pétanque, le 51 coule à flot, les apéritifs s’éternisent, ils passent des heures en palabres. Vous avez bien lu, il y a du 51 sur Meno. Philippe l’achète au duty free de Kuala Lumpur. Les deux bouteilles ne durent pas longtemps. Ils reviennent souvent sur leur voyage en Afrique. Ils ont parcouru l’Afrique du Sud de long en large. Ils ont été tous les trois hospitalisés en même temps au Mozambique, terrassés par la malaria.
Je pourrais prolonger mon séjour sur Meno pendant des semaines, le retour à la réalité de la vie française n’en serait que plus difficile. Ma décision de rentrer est prise. Un petit crochet par Bangkok avant le retour et la fin d’une belle aventure. Une aventure qui ne restera pas unique, je renouvellerai l’expérience c’est sûr. L’Asie est vaste, il me reste encore beaucoup à voir. Le sud de l’Inde, le Sri Lanka, Sumatra, la Malaisie, la Thaïlande et puis j’aimerai visiter la Chine, le Tibet, le Népal, Les états himalayens de l’Inde du Nord, sans oublier les pays de l’Asie centrale et l’Amérique latine.
Pourquoi part-on en voyage?
On part en voyage pour se mettre en porte-à-faux, perdre ses repères, s’immerger dans de nouvelles cultures, façon de vivre, de penser. Partir en voyage, c’est bousculer ses préjugés, c’est s’ouvrir aux autres, c’est apprendre
Part-on en voyage pour fuir la réalité d’une vie monotone, insatisfaisante? Sûrement, mais je ne pense pas que ce soit une fuite en avant en pensant que les choses auront fondamentalement changées au retour. On peut partir pour se perdre mais aussi pour se trouver, le voyage physique n’exclut pas le voyage intérieur.
Ai-je beaucoup changé depuis mon départ? Je ne pense pas. Mais j’ai laissé quelques certitudes sur le bord de
Le voyage en solitaire a ses avantages et ses inconvénients. Le plus grand avantage est la grande disponibilité qu’il offre, le plus grand inconvénient est le souvenir unique, l’absence de partage. Avec ce journal j’ai essayé de vous faire vivre le mieux que j’aie pu les moments forts, anecdotiques, drôles, parfois tristes de mon séjour en Inde et en Asie du Sud-Est. Partez découvrir l’Asie, vous ne le regretterez pas.
Une petite pensée pour la route de l’auteur Indien Tarun J. Tejpal :
«Il y a deux choses qui nous sauvent dans la vie, l’amour et le rire. Si vous avez l’un des deux, tout va bien. Si vous avez les deux, vous êtes invincible. »
A suivre…